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Ignoré pendant sa vie, le travail photographique de Carlo Mollino est aujourd’hui convoité tant par les institutions publiques que par les collectionneurs privés. Cet architecte de profession consacra sa vie à ses passions : les voitures de course, les compétitions de ski, les avions, l’architecture, la conception de meubles et la photographie.

Si Mollino réalise des photographies tout au long de sa vie, les tirages présentés dans cette nouvelle exposition chez SAGE, à Paris, ont été réalisés entre 1930 et 1950. Plusieurs d’entre eux ont été publiés dans Il messaggio della camera obscura en 1950, un texte majeur rassemblant les idées de Mollino sur l’esthétique de la photographie.

Pendant cette période, il photographie des modèles féminins dans des intérieurs qu’il a décorés lui-même. Les mannequins restent toujours énigmatiques, comme si ces femmes sortaient d’un film noir. Les femmes de Mollino ont toutes cette élégance italienne subtile, un air aristocratique, froid et posé. La meilleure illustration de cette esthétique est la photographie Conte de fées pour les grands prise à la Casa Miller en 1936.

Parmi ses images provocantes, on découvre une pierre précieuse : Scalp. Dans cette photographie d’une tête de femme vue de dos prise en 1937, Carlo Mollino dispose de manière exquise la chevelure ondoyante et brillante de son modèle. On ne peut s’empêcher de penser à la magnifique photographie de Dora Maar réalisée pour la marque Petrole Hahn en 1934, où l’on voit un bateau en modèle réduit voguer sur une chevelure blonde et ondoyante.

Mollino use de manière répétitive des éléments à la fois surréalistes et baroques. Lorsqu’il créait ses décors pour ses modèles féminins à la Casa Miller en 1936 ou à la Casa Devalle entre 1939 et 1940, il jouait avec des matériaux doux et soyeux qui contrastent des surfaces dures et brillantes. Comme dans La Chambre enchantée de 1935, il ajoute de temps à autre un torse féminin ou un pied de géant en plâtre, un miroir à l’encadrement rococo ou un coquillage exotique.

Étrange turinois, solitaire, urbain, impertinent, calme, pensif et toujours voyeur, ou, comme aurait dit Marcel Duchamp, éternel regardeur. Carlo Mollino était-il le dernier dandy du XXe siècle ?

« Il n’était pas seulement un grand artiste, il était un super-héros turinois – noir et irrésistible. » C’est ainsi que Paola Antonelli, conservatrice au MoMA de New York, le décrivait.